La longévité est à la mode depuis quelques années maintenant. Et on comprend pourquoi. C’est le cas principalement en occident ou le vieillissement de la population est plus avancé qu’ailleurs. Le vieillissement fait peur non seulement parce que le corps s’affaiblit, mais parce qu’il devient un témoignage visible que le temps glisse et que la vie est impermanente. C’est live dans le miroir et dans les signaux que le corps envois.
Personne n’est contre le fait de vouloir moins de démence, moins de fragilité, moins de douleur, moins d’années passées dans un corps qui ne répond moins bien. Personne n’est contre la réduction de la souffrance.
Comme l’ensemble des autres mouvements ou modes, des principes à la base valide sont hypersimplifiés et pousser dans des extrêmes. Le problème commence quand réduire la souffrance se transforme en abolir le changement et qu’on y accroche notre mentalité de contrôle pour soulager nos feelings.
Le corps n’a plus le droit d’évoluer dans le temps sans être traité comme un système défaillant à corriger en permanence.
Quand la jeunesse n’est plus une saison qui fait partie d’un grand cycle pour devenir une cible, on ne soigne plus le corps. On le surveille. On le corrige. On le contrôle.
La longévité
La vraie recherche sur le vieillissement est sérieuse. Les senolytiques qui nettoient les cellules sénescentes, la capacité de régénération de l’autophagie, le travail sur la fonction mitochondriale est parfait. La démence c’est rough. La fragilité peut certainement voler une partie de notre vie.
Le corps de 23 ans (ou 32 ans ou le chiffre que vous voulez) n’est pas la santé.
Si on définit la santé comme « le corps reste le plus proche possible de son peak de 23 ans », alors chaque étape suivante devient automatiquement une maladie ou quelque chose de pas normal.
Mais un corps de 23 ans n’est pas la santé en soi. C’est une phase. Un profil hormonal, une élasticité des membranes, une plasticité nerveuse, un contexte reproducteur particuliers. La jeunesse, c’est puissant. C’est aussi une phase ou il pourrait y avoir une recherche d’identité, de sens, moins d’intelligence émotionnelle et j’en passe.
Faire de cet état la mesure permanente de la santé humaine, ce n’est pas de l’objectivité biologique. C’est un désir de contrôle qui manque de maturité et de vue juste.
C’est une séquence. L’enfance n’est pas une petite enfance ratée. L’âge mûr n’est pas une jeunesse défectueuse.
La jeunesse n’est pas magique. La jeunesse, c’est une capacité de retour.
La vraie cible : la capacité de retour.
Le corps jeune n’est pas épargné par le stress, les blessures, l’inflammation, le manque de sommeil. La différence, c’est qu’il ferme les boucles plus vite. Son inflammation se résout plus facilement et avec plus de précision. Ses tissus se réparent avec moins de résidus. Il revient.
Si la cible est la capacité de retour, elle provoque des questions du genre :
- Est-ce que le corps peut encore résoudre une inflammation, ou reste-t-il en état d’alerte?
- Est-ce qu’il peut réparer un tissu sans le durcir en fibrose?
- Est-ce qu’il peut revenir à la cohérence après que la vie l’a frappé?
Souvent, ce n’est pas le coup qu’on reçoit. C’est de rester coincé dedans trop longtemps. Selon la saison, il y a une acceptation que la capacité de retour est différente mais elle représente en partie aussi notre zone de contrôle. Et, elle doit s’activer.
Donc, c’est un mélange d’acceptation mais aussi de voir la réalité de façon juste pour poser des actions alignées qui favorisent le retour.
Lorsqu’on manque d’acceptation et de voir la réalité de façon juste, ça créer des incertitudes. On va vouloir blâmer l’extérieur (le soleil, le virus, la chaleur, le stress de la vie, etc.) pour justifier notre fragilité (manque de capacité de retour).
Les stresseurs
Un stress arrive et l’organisme ne peut plus le quitter. L’inflammation commence et ne se résout pas. La défense commence et devient une réponse exagérée. La vigilance commence et devient anxiété.
Le vieillissement rend le retour plus lent, plus coûteux, moins complet. Ça demande un ajustement via une acceptation + une vue juste.
Le retour commence dans les mitochondries
Nos mitochondries ne font pas seulement transformer l’énergie, c’est un système de traitement de l’information. Elles lisent l’environnement de la cellule et suggèrent la réponse. Elles sont les antennes qui connecte nos expériences à la santé des organes et des systèmes.
Le retour à l’équilibre n’est donc pas uniquement un problème d’énergie. C’est également un problème de signalisation.
Énergie + signalisation
Il y a une intelligence dans la nature. Les signaux que le corps produit ne sont pas des bugs à régler. Un mal de tête n’est pas une carence en Tylenol. L’inconfort, la douleur et autres signaux, c’est de l’information. Plus la réponse aux signaux est automatique selon nos feelings, plus la souffrance va être potentiellement grande.
Par exemple, le cortisol lui-même n’est pas une hormone à diminuer. C’est un signal qui déclenche une réponse d’adaptation. En laboratoire, une hormone de stress augmente le coût énergétique d’une cellule d’environ 60 %. Le problème n’est donc jamais « le stress ». C’est notre capacité à répondre correctement et à en sortir.
Le concept de la CDR (Cell Danger Response) de Robert Naviaux illustre bien ce concept.
Le concept parfois oublié de la longévité
Tout est concentré autour des interventions. On est très dans les suppléments, les peptides, les hormones, les gadgets, l’alimentation parfaite, etc. Pourtant, le lien entre le sens de la vie, les connexions sociales et l’efficacité des mitochondries est établi de façon corrélationnelle et bidirectionnelle. Quand je parle de signalisation, ceci en fait partie.
On ne créer pas de sens et de connexions en doomscrollant notre téléphone ou en réagissant aux nouvelles à la télévision.
L'histoire de Bryan Johnson
Bryan Johnson dépense environ 2 millions par année pour ne pas vieillir. Il mesure tout, corrige tout, optimise tout de façon très mécanique. Il évite le soleil, adore les interventions chirurgicales d’optimisation, mange végane, prend plus de 100 suppléments par jour. Zéro alcool. S’entraîne quotidiennement. Ken Wilber dans sa théorie intégrale dirait probablement que c’est du « broken orange » et que ça manque de « growing up » mais c’est un autre sujet complètement.
Récemment, il a annoncé être atteint d’une condition auto-immune.
Il a eu le courage de le dire. C’est hot. Il est « vrai », on ne peut pas lui enlever ça. Un cas isolé ne prouve rien, et on ne connaît pas les causes de sa condition mais il négocie énormément avec la nature sans être en mesure de le voir. Même sa réaction à son annonce l’illustre parfaitement. Plus de contrôle, plus de « campage » dans sa position, plus de rigidité.
La rigidité est un balancier qui contient le chaos de l’autre côté.
Le contrôle le plus extrême qu’un humain n’ait jamais exercé sur sa biologie n’a pas empêché un échec du retour. En fait, c’est possible que ça puisse l’avoir même déclenché ou encouragé. Une auto-immunité, c’est une défense qui a commencé et qui ne s’arrête plus. Une boucle qui ne se ferme pas, des barrières et des mitochondries dysfonctionnelles, etc.
On ne peut pas battre la nature en la surveillant plus fort parce qu’on se pense intelligent.
La surveillance
La surveillance n’est pas un problème si c’est vu comme de l’information, que c’est filtré selon une vue juste et utiliser avec sagesse pour favoriser le retour, fermer les boucles, etc.
La biologie comme un processus et non quelque chose de fixe.
Chaque seconde, dans notre corps, des millions de réactions se déroulent en même temps. C’est un système de communication sophistiqué interconnecté. Rien n’existe séparément. Rien n’a de cause unique mais ce qui arrive dépend de l’ensemble de la cascade avant.
Le corps n’est pas une machine composée de pièces. C’est un processus.
Rien n’arrive tout seul. Tout apparaît en dépendance du reste. Ce qu’on appelle « la santé » n’est pas une chose qu’on possèdes ou qui nous manques, c’est un équilibre dynamique qui se refait à chaque fraction de secondes, en relation avec tout ce qui le traverse (l’ensemble de l’environnement).
Le coût de l’observateur
Il y a aussi un piège que je nomme le coût de l’observateur. La surveillance extrême d’une variable de son corps la transforme. Mesurer son sommeil peut créer l’anxiété qui détruit le sommeil. Traquer chaque signe de vieillissement peut générer le stress chronique qui accélère le vieillissement. L’observateur qui surveille pour optimiser peut brouiller la signalisation et bloque le retour.
C’est un job d’alignement et non de contrôle. On ne pilote pas la santé réaction par réaction. On cultive une vue juste pour être en mesure de fournir ce qu’il faut, retirer les obstacles, envoyer les bons signaux, et on laisse le processus faire ce que trois milliards d’années d’évolution l’ont rendu capable de faire.
On pourrait modifier la question : comment empêcher le corps de changer ou de vieillir avec cette question : Comment empêcher le changement de devenir un piège et une captivité?
Tout système se dirige vers le chaos. C’est une loi de la thermodynamique. Pour diminuer le chaos, on doit l’accepter et le comprendre.
#onnepeutpasnégocieraveclanature
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